Christophe Marquilly
Le nouvel album de Christophe Marquilly "Absurde" est disponible à la commande en édition limitée...
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Nouvel album de Christophe Marquilly "Absurde"

MUSIQUE

Rien n'est joué, l'interview du nouvel album

"Là, ça passe où ça casse !"

   

QUESTION : Il y a vingt-cinq ans sortait le premier album de ton groupe, Stocks. Dans quelques semaines, c’est ton CD solo, “ Rien n’est joué ”, qui sera dans les bacs. Qu’as-tu appris en un quart de siècle ?

Christophe MARQUILLY : La réponse est dans le titre du CD. C’est une toute petite phrase, mais elle peut prendre une multitude de sens suivant les gens. Par exemple, les mecs qui rament savent au fond d’eux qu’un jour la vie peut basculer en leur faveur. A l’inverse, on a déjà vu certains puissants se retrouver à poil à la suite d’une simple transaction bancaire foireuse. D’ailleurs, “ Trader blues ”, ce serait un bon titre pour une chanson, non ? Et puis bien dans l’musiquealité ! En fait, ce que j’ai appris au fil du temps, c’est à ne pas désespérer. Donc, avec cet album, je veux juste essayer de redonner un peu d’espoir à ceux qui n’en ont plus.

Q : A titre personnel, tu as connu de telles périodes de désespoir ?

R : Bien sûr. J’ai même tout laissé tombé pendant presque dix ans. Mais la vie est si courte et si aléatoire. Je me suis rendu compte que, pour moi, elle passait beaucoup mieux avec une guitare entre les mains ! J’aime par dessus tout la scène et la route. Mais il ne suffit pas d’aimer. Il faut pouvoir accéder au public. Donc, un album d’abord, ensuite quelques médias pour “ amorcer ” et puis des concerts, plein de concerts. Finalement, le plus compliqué dans ce plan, ce sont les médias. Ils sont devenus le premier pouvoir dans le monde. Alors, il faut s’en approcher sur la pointe des pieds.

Q : “ Rien n’est joué ” est très différent du rock-blues dévastateur de Stocks. Tu joues gros avec la sortie de cet album ?

R : C’est un album de chansons rock et folk, avec des influences celtiques sur deux titres. Chacune a sa personnalité. Ce n’est pas un concept album. Il y a des états d’âmes, beaucoup d’instinct aussi. Et puis, même si le titre semble dire le contraire, sur ce CD… tout est joué. Il n’y a pas de fioritures, pas de trucages en studio. C’est garanti sans colorants, ni adoucissants ! Bien sûr, on y retrouve la patte Stocks. C’est normal dans la mesure où j’ai écrit tous les titres Stocks. Mais malgré cela, j’ai le sentiment de risquer gros. Surtout vis a vis des gens qui me suivent depuis des années et me supportent, dans tous les sens du terme d’ailleurs. Ce sont ces fans, mon petit public, qui “ buzzent ” autour de moi. Ce sont eux qui me font tenir et continuer.

Q : Pollution, violence, usure liée au passage du temps… Les thèmes abordés sont nouveaux et complexes. Qu’est-ce qui t’a poussé à le faire ?

R : Ce que je vois et ce que j’entends. L’environnement sociétal, comme on dit aujourd’hui. On dit ça ? C’est français ça ? J’ai écris une chanson, “ Je refuse ”, qui parle de ces slogans faciles et collectifs qui nous font culpabiliser et croire que le travail ça se partage comme un gâteau. Je n’adhère pas à cette utopie. Exemple simple : si je cartonne avec ce cd ,on peut rêver puisque justement,“ Rien n’est joué ”,j’embauche un roadie, un ingénieur du son, une attachée de presse et deux maquilleuses (faut dire qu’il y a du boulot). Et voilà ! Ce sont les risques assumés et la réussite qui créent de l’emploi pas le partage. Autre exemple : la pollution. J’adore pêcher en mer. Mais je me dis que si on foutait la paix à la mer pendant cinq ans, on aurait à nouveau du poisson. C’est tout con ça. Il faudrait instaurer des zones sanctuaires avec des amendes colossales si des mecs y pêchent. En fait, c’est la fable de la Poule aux œufs d’or, mais y’a pas plus musiqueel. Le progrès a créé la pollution. C’est à lui de trouver les moyens de la résorber. Je vois pas d’autre issue. Et puis, pour la violence, rien ne peut excuser que des timbrés fassent exploser une bombe dont les victimes seront des gens innocents. Et cela, quelque soit le dieu que ces poseurs de bombes vénèrent ou, pire, quelque soit le dieu qu’ils prennent en otage pour se cacher et diffuser leur propagande et leur idéologie. Ca, c’est le thème d’une chanson de l’album, “ Vents de haine ”.

 

Bernett Records

 

Q : Au-delà, il y a des trucs qui te révoltent aujourd’hui ?

R : Les gens qui vendent leur intégrité professionnelle parce que derrière il y a un intérêt. Ca, dans le métier de musicien, c’est difficilement supportable parce que ça fausse tous les critères artistiques. J’ai une chanson là-dessus : “ Des croix, des noms ”. Sinon, plus grave encore, il y a bien sûr cet immense surf financier qui est en train de se transformer en tsunami mondial. Là encore à cause de gens qui ne sont plus dans le cœur de leur job. Une espèce de voyoucratie spéculative pour qui le monde se réduit à un immense casino. Seul problème : le fond de caisse, c’est nous. Avec nos p’tits livrets écureuil !

Q : Tu restes fidèle à la formule en trio guitare/basse/batterie qui est une façon de jouer sans filet. Tu n’as pas le sentiment parfois de cumuler les risques ?

R : C’est effectivement risqué dans le sens où, là, on ne peut pas tricher. La triche, encore et toujours... Si tu n’es pas au top, personne ne peut venir à ton secours. Mais sur scène, c’est une sensation énorme. Le truc, c’est qu’autour il faut absolument des musiciens talentueux et polyvalents : un bassiste capable de jouer de la guitare et de faire des chœurs, un batteur avec des percus qui chante également et joue lui aussi de la guitare. Tout ça fait un spectacle compact et intense. On peut jouer partout, dans toutes les salles. C’est une formule à la fois contraignante et très souple.

Q : Tu as prévu une tournée de promo ? Quelles dates ? Des surprises ?

R : Des dates importantes, une ou deux dans le Nord, ma région et sur Paris aussi, histoire de bien lancer l’affaire avec le label Sam Bernett records (Pervade productions). Si ça accroche, on prend la route. Et j’ai bien envie d’inviter à l’occasion des musiciens sur scène avec moi. J’ai déjà fais ça par le passé, avec des gens de talent. Je le referai volontiers.

Q : “ Rien n’est joué ” sortira le 13 février. Un vendredi 13…

R : Ouaip ! Le vendredi 13 février 2009. Là, ça passe ou ça casse… Mon premier CD a été enregistré le 12 février 1982. Un live avec Stocks réalisé en une seule prise ! Résultat : 30 000 exemplaires vendus pour un groupe presque inconnu avant. Ca aussi fallait oser. Mais j’y peux rien, je suis comme ça. Je fonce. C’est sans doute à cause de mon signe zodiacal. Bélier, ascendant bélier…